26 juin 2008
Et vive la bohème, et vivent les voyages...

O flots abracadabrantesques
Prenez mon cœur, qu'il soit sauvé.
Arthur Rimbaud
Pourquoi l'eau?
Je n'ai jamais vraiment su.
Pourquoi il pleut quand je l'ai rencontrée, pourquoi le cliquetis de l'averse sur ma fenêtre me rend si serein. Pourquoi la neige me rend heureux.
Pourquoi plus je cherche du sens ici, plus je veux partir là bas, au milieu de l'océan.
Je crois que je suis toujours autant effrayé par la fausseté des valeurs qui m'atteignent inévitablement puisque je baigne dans le condensat social qui leur sert de bouillon.
Si je veux gagner l'océan, c'est peut-être que je me dis que si j'arrive trouver un miroir suffisamment grand, je pourrai m'y voir sans aucune déformation. Moi, ce que je suis, ce que je vaux. Rien de plus, rien de moins.
"Naviguer, c'est accepter les contraintes que l'on a choisies. C'est un
privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie
leur a imposées.", disait Tabarly.
Un prince charmant, même en solde, vit de quêtes. Celle de l'océan est sans doute la plus noble.
Faire face à ses caprices, se laisser bercer par lui.
Je ne pourrai qu'en revenir plus riche et plus fort, l'âme lavée par des mètres cube d'une eau dure de vérité.
...je suis sur la mer comme dans les bras d'une fille: le monde, dans toute sa complexité, m'apparaît clair et limpide, m'appartient...
Bref, tout ça pour dire que je pars pour lisbonne en bateau, et que si je n'ai pas posté pendant des semaines mois (gnagnagna), c'est à la fois parce que je n'en avais pas le temps et parce que trop de questions m'occupent l'esprit pour que je puisse espérer les coucher sur pixels.
Du coup, je n'ai même pas pris le temps de répondre à :
-clém mais elle c'est pas grave puisqu'elle m'a en accès vip
-didine pour la remercier de son soutien, elle a relevé l'estime que j'ai pour les employés du McDo.
-cavatine avec qui faudrait que je fasse une collab' si elle veut bien et si j'ai le temps (>_<)
-macbland mais bon ça va, nonméo.
-tigamer pour son soutien également (merci, j'ai essayé de noyer mon chagrin dans l'alcool mais il a appris à nager.)
-zeid à qui j'évite la camisole en tapant sur des touches
-la conne venue faire un tour (j'aime bien c'te phrase).
Ha oui et j'ai pas pu poster parce que :
- j'ai fait plein de photos et un site.
- j'ai décidé de me lancer dans la musique. "Le journal d'un prince charmant en solde" a donc maintenant une BO officielle avec le premier single "Je suis en solde" écoutable ici.
(bon je pense pas qu'il y ait méprise mais on sait jamais : le site c'est le mien, mais pas la musique, c'est Matthieu Wiggan)
Voilà. Photos et récits en rentrant.
Oui je sais ya beaucoup de musiques pour ce post. Je rêve trop.
03 avril 2008
Vois-tu ce qu'il a fait de moi?
Bon.
Je ne sais plus. Je dois avouer, je ne sais plus. Si je suis une merde ou un mec bien. Si je suis lucide ou si j'ai de la merde dans les yeux. Si je suis un adulte ou un enfant. Si mon passé sert mon futur ou si mon passé me sert de futur...
Je suis peut être juste un peu con, un peu comme tous les mecs. Oui kojiro, ne te cherche pas plus de grands tords que tu n'as de grandes excuses, t'es juste un peu con.
Pourtant, je vous jure, je voulais faire le bien. Sauvegarder ce qui est précieux.
Vous savez quoi? J'ai réussi.
J'ai enfin réussi à la protéger de ce qui pouvait lui faire le plus de mal. J'ai réussi à la protéger de moi. Je me suis menti, je lui ai menti, avec toute la sincérité du monde je lui ai dit que je n'éprouvais plus rien, et puis que de toute façon il en avait d'autres dans ma vie.
Pourquoi en parler ici alors? Les vrais héros ne se vantent pas, les vraies victoires sont silencieuses, comme celle-là aurait dû l'être. Mais je ne sais pas, je ne sais plus. Je dois sûrement être moins fort que je ne l'imaginais.
J'y ai pensé le soir, puis le matin. A peine tiré de mon sommeil, j'y pense déjà. Je crie à mes pensées : "mais allez-vous en! Vous n'existez pas, je ne suis pas comme ça. Tout va bien, et rien n'a changé, alors laissez-moi en paix." Je fais tout pour les chasser, je m'occupe, rencontre du monde, parle avec mes amis et prends des photos. Mais aujourd'hui encore elles coulent sur mon visage comme si quelqu'un cherchait à me faire comprendre quelque chose. "Mais merde, il n'y a rien à comprendre!"
Maintenant que je suis -bien malgré moi- à terre, je ne sais quoi faire. Je pense qu'il y a une histoire qu'il faut que je raconte. Je ne cherche pas à comprendre ou à changer les choses, mais je dois parler. Peut-être ces idées insencées se dilueront-elles dans le flot verbal de celui qui parle pour ne rien dire à qui s'en fout.
Comment ça s'est passé déjà? Ha oui, je me souviens...
J’ai laissé ouvertes mes persiennes
Les voies ressemblaient à la sienne
J’ai cru mille fois qu’elle revenait
Et j’ai laissé passer l’été
J’ai laissé passer l’été
On passe l'été, pensif, le cœur ouvert à songer à cet amour si fort, qui s'est construit petit à petit; il est encore frais et brûlant dans notre esprit. Sans trop y croire,mille fois on y pense, et mille fois on se tait, parce que les choses qu'on veut le plus dire sont celles qu'on ne peut que taire.
J’ai voulu retrouver son corps
Et je l’ai eu sans un effort
J’ai foutu ma vie en guerre
Et j’ai laissé filer l’hiver
J’ai laissé filer l’hiver
Malgré elle, malgré moi et malgré nous, il est des moments où, pour le pire et le meilleur, les corps s'abandonnent. Même si alors le temps s'arrête et les rêves reprennent, il n'est pas de vrai prince charmant qui ne sache que l'on ne peut pas offrir la nuit et pas le jour. Je devais devenir quelqu'un de bien. Alors que les jours passent et qu'avec eux tout s'efface...
J’suis resté prostré dans le noir
J’ai chialé pour qu’elle vienne me voir
J’ai été jusqu’à faire l’aumône
Et j’ai laissé mourir l’automne
J’ai laissé mourir l’automne
Pourtant, je n'ai pu me résoudre à ne plus la voir. C'eût été comme nier une partie de moi. Pendant qu'elle se retournait, j'ai mendié des miettes de tendresse alors que je savais bien qu'il n'y avait déjà plus personne pour me répondre. Rien ne sert de se débattre, il faut laisser mourir.
Ma douleur crevait les cieux
Je n’ai plus voulu croire en Dieu
Point de héros ni prince charmant
J’ai laissé pleurer le printemps
Laissé pleurer le printemps
Pourquoi souffrais-je tant?
Retour de flamme? Prix de sa liberté? Pathétique réalité du prince charmant?
Comment puis-je être aussi sûr que j'ai fait ce qui était bien?
Suis-je vraiment ce que je prétends être, ou juste un sombre con?
L’espoir fait mourir parfois, vois-tu ce qu’il a fait de moi...
13 mars 2008
Would that be wrong? Would they hate me? (2/2)
Ce n'est pas l'indifférence qui enlève le poids de l'image, c'est l'amour, l'amour extrême...
Je pense que l'acte photographique est le seul acte esthétique qui soit aussi proche à la fois de l'amour et de la mort - ce n'est pas pour rien qu'on le rapproche souvent de l'orgasme. Ce dernier m'intéresse assez peu, il est une chute en soi-même, alors que la photographie est une ascension vers l'autre, cet autre toujours trop inaccessible. Elle est une étude, une observation sans fin de l'être aimé.
Toutes les fois que tu boiras cette coupe, ce ne sera jamais suffisant.
La seule vraie différence entre une épreuve photo et une peinture, c'est cette sensation de réel qui nous empoigne, le noème barthien du ça a été. Barthes décrit par ailleurs très bien cet adoration presque fétichiste que nous avons face à l'image photographique, qui semble posséder un infra-savoir, que nous explorons jusqu'à nous heurter à la matière (au grain, au papier, à l'écran...). Ce pathétique se retrouve dans l'amour physique: se caresser, se toucher et s'embrasser sans jamais pouvoir étancher cette soif de l'autre, n'est-ce pas se heurter à la matière? N'est-elle pas alors le maitre de mon âme et les limites de mon esprit lorsque tu es près de moi?
Il y a alors une indéfinissable envie de se plonger dans l'image intangible, terriblement bidimensionnelle, preuve irréfutable du réel alors déchu. On y plonge volontiers et sans apriori: je ne juge pas l'image de l'être aimé, je ne sais que me fasciner pour cet enregistrement si parfait de ce qu'il a été.
La photo de l'être disparu vient me toucher comme les rayons différés d'une étoile.
Pourtant...
J'ai beau scruter
ce visage, je n'arrive pas à le tirer vers le visage que j'ai
connu, à le rétablir, et je sais bien que ce visage, le
vrai, va disparaître tout à fait de ma mémoire,
chassé par la preuve tangible de l'image.
Je sens au fond de moi-même que tous ces efforts sont vains. Qu'elle disparait un peu plus chaque jour, et que je n'ai le pouvoir de la faire revenir, pas plus que celui de l'oublier. Le ça a été me ramène sans cesse au ça n'est plus.
Déjà je sens que ma mémoire se trouble... Ce bonheur qui me paraissait à l'époque si irréel me semble aujourd'hui totalement incertain.
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Si je m'efforce de capturer ces instants tels que je les vois, c'est bien pour conserver intact ce qu'alors personne, pas même moi, pas même le temps qui se décompose, pas même son mépris ne pourra remettre en cause. Ce que j'ai vécu et ce que j'ai été, je veux en conserver chaque détail.
Je crois que ce que je trouve merveilleux, quand je regarde certaines photographies, c'est de pouvoir me dire: à cet endroit précis, à ce moment précis, je voyais ça. C'était tellement beau, si vous saviez...
Citations en italique (dans le désordre): Roland Barthes, la bible, Hervé Guibert et Baudelaire.
04 mars 2008
Would that be wrong? Would they hate me? (1/2)
would that be wrong?
would they hate me?
For seeing them.
I mean, really seeing them.
I read once about a woman whose secret fantasy was to have an affair with an artist.
She tought that he would really see her;
he would see every curve, every line, every indentation and love them because they were part of the beauty that made her unique.
Je ne fais pas des portraits pour faire des portraits. Je ne fais pas des images pour faire des images.
Je ne suis pas un artiste, ni un grand portraitiste de mode.
Je ne cherche même pas à ce que mes images plaisent. Si vous voulez mon avis, ceux qui font ça sont finalement assez vains. Vouloir plaire à tout le monde, c'est comme vouloir tout comprendre: c'est aussi impossible que réducteur.
J'écrivais il y a quelques posts: "voir et pas prétendre"...
Il y a tellement de beauté dans le monde -pardon, je vois tellement de beauté dans le monde que je trouve triste de voir autant de photographes s'acharnant à le transformer en pâtée pour mieux nourrir ces aveugles avides de symboles et de jouissances en plastique.
Il suffit pourtant juste d'ouvrir les yeux...
Enfin, pas tout à fait. Nos yeux sont ouverts, mais ils ne savent plus voir. Plus personne ne prend le temps de voir. C'est parce que la vie défile trop vite, et que personne ne pense plus à descendre du train en marche, de peur d'être abandonné.
C'est une peur que je peux comprendre. De manière générale, il est vrai que ceux qui savent voir sont toujours des gens seuls, même s'ils ne le sont pas forcément en apparence. Voir quelque chose, c'est un peu s'en exclure.
Quand je dis "voir", c'est un acte essentiel pour moi, le fait de prendre une photo n'étant qu'un choix technique et philosophique qui s'opère pendant. Sacrifier un instant pour que son image soit éternelle.
Si je ne photographie presque que des femmes, c'est qu'elles ont une beauté donc la force me fascine. Cet immense pourvoir qu'elles ont sur moi... Même après tous les coups que j'ai pu recevoir, toutes ces nuits à me demander pourquoi... A chaque fois, comme la première fois, je me noie dans ces regards qui m'enivrent jusqu'à ce que j'en perde la raison.
Quand je revois une photo, je me souviens très bien de l'instant où je l'ai prise, et j'arrive un tant soit peu à revivre cette ivresse.
Comme celle-là en haut, par exemple.
C'est un peu comme quand on voit quelque chose d'extraordinaire et qu'on se dit: "prends la photo, sinon personne ne te croira". En l'occurrence, j'essaie plus de me convaincre moi-même que de convaincre les autres.
Plus mes yeux caressent sa peau, moins je me crois sur terre. Je vois tous ses traits, ses minuscules défauts qui sont autant de preuves qu'elle n'est pas un ange et mérite tout l'amour que je peux le lui donner. Ce ne sera jamais assez, mais je lui donne tout ce dont je suis capable.
Le temps s'est presque arrêté ici-bas... Je perçois au ralenti tous ses gestes: sa respiration, le mouvement de ses cheveux... Je sais que c'est quand ses yeux croisent les miens que tout s'arrête.
Le monde est figé... Ce n'est pas une photographie, c'est beaucoup plus, mais c'est exactement ce que je cherche à restituer par la photographie.
20 février 2008
Je sais que le bonheur ne coûte qu'un billet paris-lyon
Bon heu désolé pour le manque de post (que des lamas crachent sur mon visage pétri de honte de ne savoir être à la hauteur), mais j'ai été très occupé, par plein de choses, dont la photo.
En effet, je me suis rendu compte que pas mal de gens ne se rendent pas compte que c'est sensé être un blog photo, et c'est vrai qu'il y a pas de quoi se réjouir vu les trois pauvres clichés pris au sténopé avec un capteur de compact que j'ose vous présenter comme mes œuvres.
En fait, il manque plein de truc (j'ai eu la flemme de les remettre après l'ancien blog -_-), et j'avais pas fait de photo pour moi depuis la rentrée.
Mais je m'y suis remis!
Dans un futur plus ou moins proche (si mes modèles se motivent >_<), de nouvelles images, dont certaines de mon reportage (tadaaaam).
En attendant, prochain post, big post happening de la mort qui tue deux fois avec des images inédites (je le prépare depuis un moment mais j'ai pas le temps...).
Par contre, je pars demain à lyon voir ma sœur (oni pour les connaisseurs) pour une semaine, donc ce sera à mon retour.
D'ici là, et à la demande (presque) générale, rions zun brin :
Oui parce que louis lumière c'est bien, c'est beau et c'est l'élite de l'image vous voyez, donc on fait des films... bien (imaginez un mix entre une pub pour les produits laitiers et un clip de gunther). Et puis on peut dire ce qu'on veut, mais j'ai juste une classe internationale (mooossieu, comment faites-vous pour avoir autant de claaaaaasse?). Je suis le power camper bleu.
See ya!
12 février 2008
Kojiro and the No Smoking Orchestra (bis)
Il y a des soirées où on se dit : "tiens, c'était une soirée sympa. C'était cool, je me suis bien amusé et j'ai rencontré des gens sympas.". Il y a celles où on se dit : "ha c'était génial je me suis éclaté, tchaw les mecs."
Et puis il y a les soirées de malade qui resteront à jamais gravées dans la mémoire de ceux qui y étaient.
Je vous livre les évènements comme ils me reviennent.
Mariage. Des gens heureux, des gens qui dansent. Tel que je me connais, je sais que je vais me faire chier. Je débarque into the party et tombe nez à nez avec un bonhomme qui a une tête sympa, voire franchement drôle. Il me parle avec un fort accent anglais:
"Oh, vous faites de la photographie? Moi aussi je suis photographe, mais je connais rien à photoshop, je comprends rien aux layers tu vois? Pourtant, mes photos je les vends deux mille dollars"
Mort de rire, je vais rejoindre les éternels glandus : mage et tarlouze attendent (très naturellement) devant le bar. Nos yeux brillent à la vue des bouteilles nombreuses et variées.
"-J'espère que c'est open bar!
-Pour que ce soit open bar, faudrait déjà qu'il y ait un barman. Qui fait le service?"
Nos trois cerveaux ont percuté simultanément, et nos yeux se sont élargis comme des soucoupes.
Ce soir, le barman, ce sera nous.
Hop, faut servir le punch, les invités en sont friand. Sans oublier bien sûr le verre du barman. Un type nous lance: "hé faites, gaffe, le punch, ça tape fort!". On se regarde mage et moi, et on éclate de rire. "Hé ben comme ça on sera prévenus!".
Un peu plus tard dans la soirée, les invités dégustent un tajine alors que tarlouze mage et moi nous nourrissons exclusivement de pringles et de fraises tagada.
Holala, tous ces alcools... Il y en a trop. Je ne sais pas par ou commencer. Punch, champagne... déjà fait.
Tarlouze me tend un verre de liquide fortement alcoolisé. "Tiens, goûte, ça s'appelle le fossoyeur! Gin-rhum-vodka-vodka."
"Putain, t'as mis deux vodka différentes?"
"Ouais".
Infect.
Mage bousille le bar en faisant des figures avec le shaker, tarlouze fait des cocktails immondes et je découvre une réserve de pastis.
Est-ce qu'on est bourrés? Bah, on est juste chaleureux avec les invités.
La cousine de mage doit partir. On la prend dans nos bras en criant "tu vas nous mankééééééééé".
Ouais, on commence à en tenir une belle quand même.
Tiens, de la smirnoff black, je me demande quel goût ça a.
Mage drague une fille de 8 ans, tarlouze a goûté à presque tous les alcools existant sur terre, et je raconte de la merde à des filles dont j'arrive à peine à distinguer les traits.
Ben ça a le goût de la smirnoff pas black.
"Tiens, essaie ça, ça s'appelle le mort-vivant."
Mon dieu, je ne veux même pas savoir ce qu'il y a là-dedans.
Mage brandit de la main droite une bouteille de whisky très classe, et de la main gauche une canette de coca.
"Tu vois le 15 ans d'âge? Hé ben le 15 ans d'âge, je mets du coca dedans. Ha ouais, je m'en fous, je mets du coca dedans."
Bah merde, tout le monde est déjà parti. Ha ouais ben after chez moi pour la peine.
Même si nous rentrons à pied, la mère de mage nous conseille quand même de faire attention. C'est vrai que je dois être aussi spatialement stable qu'une enclume sur une toupie.
Dans la rue, je brandis la bouteille de vodka : "en avant camarades!"
On débarque dans ma piaule avec du champagne rosé, du muscat, de l'absolut et de la poire williams.
Après je dois avouer que je me souviens plus bien.
Le lendemain, avec une barre de titane au milieu de la tête, on retourne sur les lieux du crime (dans l'affaire de l'assassinat de neurones). Putain, tout est clean. C'est irréel.
On choppe un coca et on se pose dans un coin de la salle, l'esprit vide.
Musique de fond planante. Devant la salle vide, trois mecs complètement lost in translation.
C'était vraiment une soirée de fou.
09 février 2008
Kojiro and the No Smoking Orchestra

C'est l'histoire
D'un complot autour d'une machine à coudre,
D'un adieu déchirant à prévoir,
Et d'une serveuse décidément très sensuelle.
01 février 2008
Vis tes rêves, pas tes cauchemards...
Avec le canon d'un flingue entre les dents, on ne prononce que les voyelles.
Dix-sept heure environ. Enfin, je ne sais pas trop, je m'en fous. Je comate dans mon lit; à moitié endormi, à moitié éveillé, la réalité n'est plus que la photocopie d'une photocopie d'une photocopie. Appel de ***. Je décroche, j'ai à lui parler de toute façon. Son message a le mérite d'être clair : "écoute, johnny boy, elle en aime un autre. T'as eu ta chance, t'as pas su la prendre. Si tu tentes de la récupérer, je t'en empêcherai."
Mon corps s'enfonce dans le canapé-lit, j'ai une profonde envie de crever. Putain, tout ce silence autour de moi, le bruit de mes pensées me rend sourd. Il faut que je bouge. Je choppe mes affaires et je vais à l'entrainement.
Dans le métro, envie de chialer. Tiens, ben d'ailleurs, je vais me gêner. J'en ai marre de contrôler tout ce que je fais, de réfléchir mes actes alors que je crève d'amour.
J'arrive dans la salle. C'est le jour du passage de grade. A vrai dire, j'en ai vraiment rien à foutre. Je me mets au fond et je travaille le sac.
La boxe est souvent associée au concept de violence. Toute polémique mise à part, je pense que si en effet le sport est violent, les gens qui le pratiquent ne le sont pas. Leurs gestes sont violents, mais leur esprit est en paix : à part faire l'amour, frapper est le meilleur moyen que je connaisse pour se sentir vivant.
Le concept du sac, c'est qu'il encaisse. Quand on est au sac, on ne travaille pas la technique, on travaille la puissance, l'idée étant de taper le plus fort possible. Or, pour être à 100% de sa puissance, il faut être dans un état d'esprit particulier. On imagine toujours qu'il y a quelqu'un à la place du sac; après, chacun son choix : prof d'allemand, inspecteur des impôts, ou... dieu sait quoi. Ce soir, je ne voulais cogner personne d'autre. Je me voyait clairement là, en face de moi-même, à la place du sac.
Et j'ai cogné, encore et encore. Je ne sentais plus ni mes bras ni mes jambes, et je continuais à frapper de toutes mes forces. Le cuir claquait, tannant mon enveloppe et la rendant moins sensible à chaque coup. Mes tibias, mes genoux étaient en feu; bientôt je perds les bandes qui protégeaient mes poings. Tant pis, je continue à assommer mon égo déguisé en sac. Je commence à saigner, je n'ai plus de souffle et mon sang me brûle les veines, mais je continue. Je ne peux pas pardonner à celui que j'ai en face.
Un type vient me voir. Il a un niveau avancé, ça se voit, il ne plaisantera pas. Ben ça tombe bien, j'ai pas envie de rigoler. Il veut faire du corps-à-corps. Parfait.
Le salut, les gants se touchent, chok muay. "Chok muay" : littéralement, mets ta garde ou tu vas en manger une. Une véritable philosophie de la vie. Prise au corps, les bras et les cous se contractent. Pas d'ouverture, surtout pas d'ouverture. La sueur coule et trempe le sol. Je tente une ouverture, son genou vient chercher mon estomac, puis mon foie, puis mes côtes. La douleur physique me lie à mon corps, elle me prouve que j'existe et me protège de la folie qui me guette.
A la fin du combat, il me prend dans ses bras avec toute la bienveillance du monde. C'est quelque chose d'unique et que je connais depuis longtemps: je n'ai jamais vu moins de haine dans aucun autre acte humain.
Je rentre chez moi, sous la pluie. Je lève les yeux au ciel. On dirait presque que le ciel entier pleure sur ma toute petite vie misérable. Toutes les larmes des cieux, rien que pour moi. Ben tiens.
Je vais dormir en paix pour cette fois.
Je suis fatigué, vraiment fatigué de tout ça.
J'espère que ça finira un jour.
27 janvier 2008
Il y a tout ça dans ce verre...
Un plat de spaghettis au basilic un soir soir d'été après la piscine, c'est bon. Une serviette chaude sur les joues après le rasage, c'est bon. Un passing-shot gagnant sur une balle de break, c'est bon. Avec le vin que vous avez choisi, nous ne sommes plus dans cette catégorie, nous sommes dans le merveilleux. C'est comme un conte de fées avec un château, une princesse et un dragon, il y a tout ça dans ce verre. Le pire c'est que je ne sais même pas si ça me fait réellement plaisir. Au contraire, si je devais décrire ce que je ressens à cet instant précis, après avoir bu ce vin, ce serait quelque chose comme de la tristesse.
Le sol est froid, les matins jumeaux et l'horloge incrémente sans cesse le compteur du temps qui quantifie froidement la distance qui me sépare d'elle, toutes ces secondes où je ne fais rien pour la revoir.
En gros donc, c'est morne et on a envie de rester sous sa couette et d'emmerder le réveil et le froid qui me brise quand je fais l'effort d'affronter la réalité et les courbes sensitométriques. Bref, pour faire fi du ciel gris et des chats aigris de paris, je vous propose, en exclusivité mondiale, une de mes recettes du bonheur. Vous m'en direz des nouvelles.
Pour la bonne réalisation de cette recette, gardez à l'esprit de ne rien garder à l'esprit. Pour profiter de l'instant, ne vous laissez pas tâcher par le passé ou le futur, ne pensez pas au comment ni au combien. En fait, ne pensez pas tout court, ressentez.
Lorsque vous êtes avec quelqu'un que vous aimez beaucoup (l'idéal étant quelqu'un que vous aimez tout court, mais je suis bien placé pour savoir que c'est pas toujours facile-facile), un vendredi soir, heure où le paris diurne s'endort, le paris des gens raisonnables et des lêve-tôt qui s'en va et nous laisse toute la nuit pour l'oublier; à ce moment là, allez à l'essentiel pour ressentir l'essence...
Éclairage à la bougie, les lumières artificielles mangent les ombres, elles ont quelque chose d'analytique qui nuit à l'imaginaire. Un pavé tout juste à point (la chair est cuite mais tendre, savoureuse et moelleuse) ponctué d'un peu de poivre au moulin et de fleur de sel, magnifié par une sauce au vin rouge et des échalotes qui croustillent sous la dent et chatouillent le palais. Avec ça, des tagliatelles fraîches al dente à l'huile d'olive et au basilic frais.
Dans les grands verres à vin, un morgon beau et soyeux qui glisse sur les papilles et vous donne envie de rire et de danser, de respirer à fond et de faire des choses décidément vraiment pas raisonnables. Regarder ses yeux, écouter le silence. Il a de la vie dans ce vin, de la vie et du rêve.
Quand le repas est fini, allongez vous et faites des projets; des petits, des grands, des beaux, des nuls, des marrants, des classe, des avec des voyages, des avec du jus de tomate.
C'est fou comme ce monde manque de spontanéité.
Il manque de lettres d'amour, d'actes fous et scandaleux, de ballades sur les quais, de tableaux oranges avec du coton dessus, de baisers pas prémédités.
il y a tout ça dans ce verre...
Tonino Benacquista, Quelqu'un d'autre
14 janvier 2008
Je vais bien, ne t'en fais pas.
Arrache-moi les yeux
que je ne puisse plus voir
Arrache-moi les mains
que je ne puisse toucher
Arrache moi les ongles
la douleur jusqu'au bout des doigts
Arrache moi le cœur
que je je ne puisse plus avoir peur
Arrache moi la tête
que je ne puisse savoir
Arrache moi les oreilles
que je ne puisse t'entendre
Arrache moi les...
la douleur jusqu'au bout de moi
Arrache moi le cœur
que je ne puisse plus avoir peur
Il y a plusieurs façon de gérer la douleur. Déprimer, s'isoler. Ne pas penser. Ne pas penser!
Boire pour oublier. Jouer pour oublier. Faire semblant, comme avant, comme si on allait mourir demain.
Rêver...
Oui, rêver...
Si je rêve d'elle, tous mes sens court-circuités m'apporteront l'être aimé, celle que je ne peux retrouver par l'image, photographie destructrice qui sature la vision de son implacable vérité: elle n'est plus là.
Le rêve, voilà la morphine spirituelle dont j'ai besoin. Je serai mort le jour, mais vivant la nuit.
Les gens ne me croient pas, ils ne savent pas...
Ils pensent que je délire. Ils me font culpabiliser d'aimer ce fantôme.
Car il s'agit bien d'un fantôme...
Mon dieu, est-ce un fantôme? Ai-je rêvé?
A-t-elle jamais existé?
Non, non, pire encore: notre amour a-t-il jamais existé?
Je deviens fou.
Chaque nuit, je rêve d'elle. Un rêve très banal, très réaliste. Très possible en fait.
J'ai l'impression que la frontière avec le réel se fait de plus en plus mince.
Les rêves me font à présent souffrir et angoisser.
Je n'ai pas mérité ça... Je veux juste lui parler...
Je n'espère rien, je ne demande rien, je ne veux que vous voir. Et je dois vous voir, s'il faut que je vive.
Mais comment fait-on pour en arriver là?
Je lui écrirais bien une lettre, si seulement je pouvais être sûr qu'elle la lira.
Je l'appellerais bien, mais je sais qu'elle ne répondra pas.
Je suis dans une cellule sans fenêtre, sans geôlier, priant pour qu'un bourreau vienne enfin me tuer.
Mais il ne vient pas.
Il faut que je sorte d'ici.
Allez kojiro, bouge!
Lève-toi, fais face à ta peur et va chercher ta mort.
Plus que jamais, il te faut renaître, alors plutôt qu'être tétanisé dès qu'elle se connecte, prends ton katana et fonce tête baissée vers le combat dont tu connais déjà l'issue.
Regarde-toi, tu es pathétique. Tu aimes quelqu'un qui ne veut même plus savoir que tu existes. Tu n'es plus que l'ombre de toi-même.
Tu es déjà mort.
Tout le monde a le droit à une fin, alors sois fier, prends tes armes et va trouver ta fin.
Ne cherche ni la victoire, ni la vengeance. Juste la paix.











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